Evelyne André-Guidici

Nouvelle-Calédonie

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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 22:14

*

Heureux ceux qui n’ont pas
A chiner l’ombre des dragons
A se pencher sur l’horizon

Nous sommes des hommes
Des femmes comme
L’albatros cloué
Au sol
On veut un là
Un envol
Chercher au bord de l’ailleurs

Heureux ceux qui trouvent
Au fond de leurs jardins
La certitude des demains

Nous sommes des hommes
Des femmes comme
Le vent court
Ici
Ou là
On part
S’acquitter d’autrefois

Heureux tous les propriétaires
Les « je sais », les « à moi »
On va
Verser les outres de prières
Reverdir les déserts de nuit
Outrer les versets de l’amer
Déserter les revers de vie

Nous sommes

Des hommes
Des femmes
En quête

Nous sommes

Heureux de ne pas l’être

 

*

Publié dans : poésie
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 02:47

 

-Dommener t’a encore inscrit au stage PAOAD902, m’avertit Sophie en passant sa petite tête à lunettes par la porte entrebâillée de mon bureau.

- Je n’irai pas.

Pour Améliorer l’Orthographe des Agents Défaillants. Corriger la grammaire, prononcée géminée, bien entendu, gram-maire, pour bien faire sentir la maîtrise, même à l’oral, diphtonguer dès que possible, tirer les liaisons z’en nœuds de chaise, badiner avec le ne explétif, n’en veux-tu, n’en voilà. Mais, moi, je ne veux pas améliorer mais détruire.

Pour moi une bonne orthographe est une orthographe dysmorphique. Je veux la dissoudre, l’éclater, la broyer. Graphie, comme écriture. Je suis une graphitose, une graphogite, un graphome… la salmonelle du Bescherelle.

Je suis un graphillon, taggeur de dossiers amassés, trieur de données. Mon métier n’est qu’un travail, un gagne-croûte, un ramasse-miettes sans projection, fonction, information, rédemption.

Je lis : factures d’eau, de gaz et d’électricité, le journal TV.

J’écris : sur mon portail, « Atension aux chyen ».

J’instruis : les dossiers des impayés. Notes de service, notes de frais.

Je m’octrois ma petite liberté : massacrer les mots, faire sauter les touches du piano, désaxer le syntagme. JE suis le Créateur de désaccords au sein des groupes (verbaux, nominaux, adjectivaux, vitraux, cheval, chevaux).

« Madame Vaufrey, some dût : 2139. Vairsseument otorizer le 28/10 ». Dommener s’en ronge les phalanges. Pas un chiffre faux, pas une lettre juste. Une obsession : m’orthoranger, m’orthodresser, m’orthoriser à exister. « C’est proprement inadmissible dans notre administration. Pensez ! Un gratte-papier qui ne sait pas orthographier ! »

Trois rapports trônent sur le bureau de Dommener. Elle menace de tout envoyer à la hiérarchie. Cahiers de doléances dans lesquels sont soulignées avec application chacune de mes inventions, litanie du progrès non avenu ni même voulu, invocation des apôtres : Littré, Larousse, Robert.  La Trinité du bar du coin ! Tiens donc Robert, tu sais d’où vient la bière ? Et cet imbécile de nous bassiner : «  Origine incertaine. Première apparition dans un texte officiel en 1453. Mais cela vient-il du latin bibere (boire) ou de l’anglais barley (orge) ? Dans le doute, nous préfèrerons l’utilisation de cervoise. » Eh, Robert ! Tu sais où va la bière ? Il prit un gros livre et le remplit et le donna à ses disciples en leur disant : prenez et lisez car ceci est la règle qui va vous emmerder pour les siècles des siècles. Et tous les ans, ce livre est réécrit, mis à jour, augmenté, compliqué. Tout ça à cause d’un homme. Ce satané ulcéré, l’Iscariote de la langue, le grand réformateur. Claude Favre de Vaugelas. Sa naissance à Meximieux, mot compte triple,  lors d’une sombre journée d’hiver sonne le glas de toute liberté linguistique. Au lieu d’écouter le peuple de sourds et de bègues, le baron de Vaugelas a auditionné les ortolans. Il en a tiré les règles, les Remarques, si vous voulez bien remarquer, n’est-ce pas. Il a pollué notre langage de ses observations erronées jusqu’à la quintessence du système. Les traces de son œuvre remplissent ma vie et m’écoeurent.

J’en ai des migraines terribles.

Souvent des fulgurances, des éclairs verbaux traversent mon cerveau. Suspendu au-dessus d’une énième lettre de recouvrement, penché sur mon clavier, je vois les mots se mélanger. J’imagine alors quelle serait la langue sans ce triste sire. Quel serait ce jardin naturellement resplendissant sans les coupes du besogneux horticulteur ? Je distingue une chimère anarchique, une tour abolie, tout un joyeux piaillement sans limite où tout ce qui est beau se lit dans un sourire. Sans règles, sans règles, sans loi ! Oh, ma tête, parfois, semble éclater de joie. Sophie entre pour m’annoncer que la patronne m’attend dans son bureau. Je lui lance un clin d’œil complice mais une douleur crânienne aussi inattendue qu’intense me terrasse à mon poste de travail. Beaucoup d’agitation autour de moi. Ma collègue babille, Dommener ânonne et je perds connaissance.

Je me réveille au paradis. Autour de moi, des anges blancs. Sophie est livide. Dommener, blafarde, s’entretient avec un médecin. Les mots, les sons même, virevoltent, incohérents, incontrôlables, autonomes ! Le galimatias du docteur me fait rire. Sous les regards mi-amusés, mi-navrés du trio, je m’exprime dans un charabia qui m’est familier. Ma langue-mère. Mes mots. Ma création. Les anges se mettent à claquer de la bouche, sifflent comme des serpents, se frottent les lèvres, gloussent du gosier. Chacun parle sa langue et, même si nous ne nous comprenons plus, nous sommes libres, enfin !

 

*

 

-          L’aire du langage a été fortement touchée, explique le neurologue.

-          C’est terrible, murmure Sophie, les lunettes embuées.

-          Il lui faudra sûrement, souffle Dommener, de nombreuses séances d’orthophonie.

Publié dans : nouvelle
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Dimanche 27 juin 2010 7 27 /06 /Juin /2010 03:50

*

 

On songe aux longs cils des fruits

On se souvient d’antiques rires d’horloge

 

On languit

 

Sous quelques onirismes fléchis

Sous les flèches guidées par les régences anciennes

 

Des rumeurs terribles fuient

 

Mille gorilles s’enrichissent où les paumes lourdes se sont abattues

 

Les palabres palatines des langues infinies

N’ont jamais poussé aussi loin la puissance de l’invisibilité

 

 

*

Publié dans : poésie
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Samedi 8 mai 2010 6 08 /05 /Mai /2010 09:43

En c’ temps-là nous vivions dans des maisons témoins

Nos grands lits débordaient d’une débauche de coussins

Nous pouvions nous promener debout dans les placards

En ce temps-là les murs racontaient des histoires :

 

Je suis grand, je suis fort et je suis équipé

Je suis plus, je suis mieux que celui d’à côté

C’est vrai je suis en pierre et j’ai à l’intérieur

Un grand vide, un grand froid à la place du cœur

 

En c’ temps-là nous avions au moins deux salles de bains

C’est sûr faut au moins ça pour se laver les mains

Nos fenêtres immenses souvent n’ouvraient sur rien

En ce temps-là les demeures criaient sur les terrains :

 

Je suis belle, je suis jeune et je suis équipée

Je suis plus, je suis mieux que celle d’à côté

C’est vrai je suis en bois et j’ai à l’intérieur

Un grand froid, un grand feu qui a brûlé mon cœur.

 

Il aurait fallu mieux cultiver son jardin

Où aurait pu pousser ce qui pouvait nourrir

Les fondations sont sûres, elles seront là demain

Pour enfermer tous ceux qu’ont oublié de mourir

 

Je suis grand, je suis clos, je suis en bois précieux

Je suis chic, je suis mieux que ceux de mes aïeux

C’est vrai je suis sous terre et j’ai à l’intérieur

Tous ceux qui avaient cru acheter le bonheur.

Publié dans : poésie
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 09:00
*



Tout contrôler dans un coco
 
Un cocon dense et décoré

S’initier graine à décoction


A l’abri
Se nourrir
De son monde




*
Publié dans : poésie
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