Chef d'oeuvre et utopie

Publié le par evelyne andre-guidici

Dans l’avenir, au lieu de représenter une épreuve pour l’artiste, le chef-d’œuvre se placera peut-être davantage dans la réception. La transcendance doit opérer dans l’esprit de celui qui perçoit l’œuvre. C’est à cela que l’on reconnaîtra un chef d’œuvre, l’idée de génération de l’art (traçabilité du chef d’œuvre, manuscrits, esquisses en tout genre pour prouver ce qui est chef d’œuvre ou non) étant, pour moi, totalement périmée.

Alors qu’on voulait reconnaître l’art par qui se passait en amont dans l’esprit de l’artiste (comprendre à tout prix la génèse !), il me semble que le chef-d’œuvre est celui qui fait se passer quelque chose en aval. Cette définition semble de toutes façons inévitable si l’on veut encore croire à l’idée de chef-d’œuvre. L’œuvre doit se détacher de l’artiste et acquérir sa propre existence pour acquérir le statut de chef-d’œuvre. Or le vingtième siècle a, au contraire, commis l’erreur d’une inflation exponentielle de l’artiste au détriment de l’œuvre (c’est de l’art parce que je le déclare, l’artiste dans la toute-puissance, comme Duchamp et son urinoir).

Avec la possibilité de l’anonymat, la disparition progressive de traces du fait du traitement de textes (pour la littérature), l’abondance des travaux collectifs, rendant difficile la traçabilité, tous ces nouveaux paramètres émergeant de la nouvelle technologie qu’est internet nous montrent que notre époque sera probablement propice à l’avènement de chefs-d’œuvre.

         En tant qu’espace virtuel, internet peut être considéré comme l’utopie dans laquelle pourront se développer les idéaux artistiques, hors de l’espace et du temps.

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Publié dans réflexion

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