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Dans lavenir, au lieu de représenter une épreuve pour lartiste, le chef-duvre se placera peut-être davantage dans la réception. La transcendance doit opérer dans lesprit de celui qui perçoit luvre. Cest à cela que lon reconnaîtra un chef duvre, lidée de génération de lart (traçabilité du chef duvre, manuscrits, esquisses en tout genre pour prouver ce qui est chef duvre ou non) étant, pour moi, totalement périmée.
Alors quon voulait reconnaître lart par qui se passait en amont dans lesprit de lartiste (comprendre à tout prix la génèse !), il me semble que le chef-duvre est celui qui fait se passer quelque chose en aval. Cette définition semble de toutes façons inévitable si lon veut encore croire à lidée de chef-duvre. Luvre doit se détacher de lartiste et acquérir sa propre existence pour acquérir le statut de chef-duvre. Or le vingtième siècle a, au contraire, commis lerreur dune inflation exponentielle de lartiste au détriment de luvre (cest de lart parce que je le déclare, lartiste dans la toute-puissance, comme Duchamp et son urinoir).
Avec la possibilité de lanonymat, la disparition progressive de traces du fait du traitement de textes (pour la littérature), labondance des travaux collectifs, rendant difficile la traçabilité, tous ces nouveaux paramètres émergeant de la nouvelle technologie quest internet nous montrent que notre époque sera probablement propice à lavènement de chefs-duvre.
En tant quespace virtuel, internet peut être considéré comme lutopie dans laquelle pourront se développer les idéaux artistiques, hors de lespace et du temps.
Depuis le 19ème siècle, on a beaucoup associé la poésie au lyrisme, presque jusquà ce que la poésie devienne synonyme de subjectivité et démotion intime. Limage du génie romantique a engendré lidée selon laquelle il suffit de se livrer au vertige de linspiration pour écrire un poème et une vision simpliste de la poésie comme expression des sentiments personnels.
« Je nimitais plus personne, je mexprimais pour moi-même, ce nétait pas un art, cétait un soulagement de mon propre cur, qui se berçait de ses propres sanglots. Je ne pensais à personne en écrivant ces vers si ce nest à une ombre et à Dieu ».(Lamartine, Préface des Méditations esthétiques).
Or, il faut savoir que cette vision de la poésie a été construite en opposition par rapport à la tradition aristotélicienne de mimesis qui consiste à représenter le réel par le biais de symboles, rendre visible, linvisible. De plus, le lyrisme romantique est également à la recherche dun idéal, une élévation et ne se cantonne aucunement à lexpression dun « moi ». Il sagit donc dune simplification à lextrême que de considérer la poésie comme un déversoir du cur (cest ce quexprime Lamartine si et seulement si il est totalement coupé de son contexte littéraire et historique).
Quoi quil en soit, même si lauteur exprime ses propres sentiments, cela ne dispense pas de chercher la forme propre à rendre aux mieux ses sentiments et dinventer un langage « assez souple et assez heurté pour sadapter aux mouvements lyriques de lâme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience » (Lettre à Arsène Houssaye - Baudelaire).
Ainsi, le « je » du poète peut être en adéquation totale avec le « je » du poème.
Néanmoins, le « Je » poétique nest pas forcément lyrique. Et le « Je » lyrique nest pas forcément autobiographique. Par exemple, on trouve chez Ronsard, de faux détails (effets autobiographiques) pour accentuer le chant des sentiments amoureux. Alors qui est « je » lorsquil nest pas autobiographique ?
2- Je fragmenté
« Je est un autre ». Dans la « lettre du voyant », du 15 mai 1871, Rimbaud prend ses distances avec la conception romantique de la poésie. La vision dépasse le sujet, le poème ne peut plus être égocentré : il y a alors une transfiguration du « je » qui souvre à lautre. Cest précisément, là où mènent les textes de René Char empreints de lautre, du « tu ». Ses poèmes expriment le lien entre « je » et « tu » : une inflation du destinataire au prix même de la disparition du sujet.
Le sujet poétique est alors en perpétuelle mutation, il se retrouve dans les multiples figures de lAutre. « El desdichado » de Gérard de Nerval (Les Chimères), montre bien la fragmentation du « je » poétique et sa nécessaire virtualisation.
Dès les premiers vers « Je suis le ténébreux, le veuf, linconsolé, le prince dAquitaine à la tour abolie. », Nerval affirme 4 identités. 4 identités qui se retournent en interrogation au premier tercet : « suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Biron ? » et en alternative (« ou »). Dailleurs, ce morcellement de lidentité mènera Nerval à la folie. La célèbre sentence « Je suis lautre » laissée derrière son portrait est à elle seule une source abyssale de questionnement sur lidentité du « je». Le « je » du poème serait-il un jeu thérapeutique permettant dunifier son être, daccorder les entités psychologiques qui nous composent ou de se fondre dans lhumanité pour être un je comme un autre ?
http://www.ville-boulogne-sur-mer.fr/prix_decouvreurs/pages/documents_archives/selection-2003/antoine_emaz/antoine_emaz_entretien.html
Pour finir, voici une citation de Victor Hugo (Les Contemplations) :
« Une destinée est écrite là jour à jour.
Est-ce donc la vie d'un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi!»
http://www.fabula.org/atelier.php?Lyrisme
http://groupugo.div.jussieu.fr/Groupugo/95-01-21Wurtz.htm
Tout dabord, publier cest partager, confronter et aiguiser une vision du monde. Publier permet dexpérimenter, même si la phase de recherche se fait toujours en amont, et daffiner les résultats grâce aux regards des autres. Cest sexposer pour mieux se révéler. Est-ce impudique ?
Il me semble que non. Lorsquon ne tombe pas dans lanecdotique, grâce au langage poétique, on peut se divulguer vraiment et partager ses sentiments, émotions, réflexions, qui touchent à luniversel, une sorte dADN spirituel commun. Le partage nécessite de se dépouiller un peu, rappelons-nous Saint François dAssises mais permet de recevoir aussi
Ecrire, ce nest pas seulement se confronter aux autres cest aussi mieux se comprendre soi-même, en gardant une trace de toutes ces strates qui nous construisent. Maintenant, lintérêt de communiquer ses écrits est que la strate suivante va se colorer des retours de ceux qui auront lu les précédentes. Ces retours sont invraisemblablement riches sur Internet alors quils sont très peu existants en publication papier.
Internet permet donc un échange avec les lecteurs, une désacralisation de lartiste, « intouchable », un certain anonymat qui laisse une plus grande place à limportant : le texte. Cest aussi une liberté pour les lecteurs qui ont le choix de venir ou pas à la rencontre du texte, éventuellement en mouvement mais toujours là, à son adresse www. http :
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Il est communément admis qu’à l’heure actuelle les auteurs ne savent plus écrire, qu’ils ne connaissent plus les règles classiques. Ce sont des phrases que l’on entend ici ou là et qui reviennent à chaque époque, comme « c’était mieux avant » ou « les jeunes de maintenant… ». Cependant, ne pas écrire selon une forme classique est-ce un pis-aller poétique par ignorance ou un stade ultérieur de la poésie ?
En ce qui concerne la culture poétique, je pars du principe qu’elle est tout à fait nécessaire et je ne vois pas pourquoi tous les autres arts mériteraient un apprentissage des formes anciennes pour découvrir du nouveau, de l’inconnu et aller de l’avant (comme en musique par exemple) et pas la poésie ! La poésie est depuis ses origines liée à la musique étant donné qu’il s’agissait à la base de poésie lyrique (c’est-à-dire accompagnée de la lyre). Son évolution depuis l’invention de l’imprimerie est tout à fait remarquable puisqu’elle s’est ainsi libérée de l’effort de la mémorisation et donc de la rime. Il a donc fallu qu’elle retrouve une place, la chanson l’ayant en effet supplantée dans sa fonction originelle. A présent, l’arrivée du net change de nouveau le visage de la poésie. Saura t’elle profiter de ce tournant culturel pour s’épanouir à nouveau ?
Savoir écrire un sonnet (ou une autre forme classique) n’est donc en aucun cas un obstacle dans l’apprentissage de l’art, bien au contraire. S’en tenir là en revanche me semble tout à fait regrettable si l’on a une visée artistique, à savoir repousser les frontières du connu, explorer sans cesse, remettre en question, chercher l’adéquation avec le monde, travailler aux forges du langage. S’en tenir à une forme préétablie, reproduire à l’infini les mêmes formes, voici davantage de l’artisanat que de l’art (qui implique de la recherche).
Le vers libre n’est pas synonyme d’absence de travail ou de méconnaissance. La plupart des poètes utilisant les vers libres, savent pour autant parfaitement leur rhétorique classique, de même que Picasso savait peindre dans le plus pur réalisme. Il faut connaître la structure pour pouvoir déstructurer ! Il ne faut pas confondre la rhétorique classique avec le travail : un poème en vers libre est « travaillé », ciselé même puisque son existence en tant que poème doit passer par autre chose que par la forme fixe. Ainsi le poète insuffle à son texte un rythme interne qui lui est propre et qui, par là même est peut-être plus proche du chef-d’œuvre puisque la perfection de forme ne saurait être donnée par un moule préétabli. La simplicité du vers libre n’est qu’apparence de simplicité puisque sa création implique un processus complexe, l’intériorisation par le poète de ce qui est « poésie » et sa capacité à aller au-delà du manuel de prosodie.
En conclusion, si j’ai plaisir à lire des sonnets (entre autres formes classiques) d’antan (car je les replace dans leur contexte historique et littéraire) en revanche les sonnets contemporains me font souvent autant d’effet qu’un beau coussin brodé (c’est joli si c’est bien travaillé et on peut s’endormir dessus).
Extrait du fil de dialogue avec Michel Dachy, que je remercie.
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