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Mardi 10 mai 2005

 

 

Dissimuler, sinuer, insinuer.

Sous l’hélice sociale se brise la violence,

Je laisse à la surface un sillon hypocrite.

Dissimuler, sinuer, insinuer.

Le nerf lancine gentiment. Très peu, c’est très superficiel,

Comme une stimulation. Elle donne

Envie

De dents qui claquent. Craquent.

 

L’écluse rompt soudain sous le poids de l’eau sale

J’expulse le pantin et son faciès hilare.

Sous l’impact, mon visage de feu. Intact.

Une onde de colère  émane puis consume un à un les doublons de papier,

Pétris de contractions.

Leurs cicatrices muent, s’écartent pour enfin

Divulguer le brasier

Sous le sable.

 

Révélation de lave.

 

Par andre-guidici - Publié dans : poésie
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Lundi 9 mai 2005
 « Je » est l’outil d’une expression individuelle, or la poésie est l’expression d’un individu. Que représente exactement ce « je », une projection littéraire du poète, une autobiographie versifiée ? Une voix au profit d’un collectif ?
Au travers de cet individu s’expriment à la fois la somme du passé et la perspective d’un avenir, ce en quoi l’œuvre d’art peut être qualifiée de « passage ». Dans la mesure où cet individu est tributaire à la fois de son « moi » et de toute une pensée collective tributaire de l’Histoire et en attente du futur, on peut se poser la question du statut du « je » en poésie.
Est-ce qu’il y a une parfaite fusion entre le je individuel et celui qui apparaît dans le texte ? Le « Je » est-il une figure multi-facettes qui renvoie à l’autre ? Le « Je » n’est-il pas le représentant de l’humanité toute entière ?
1-     Je biographique

Depuis le 19ème siècle, on a beaucoup associé la poésie au lyrisme, presque jusqu’à ce que la poésie devienne synonyme de subjectivité et d’émotion intime. L’image du génie romantique a engendré l’idée selon laquelle il suffit de se livrer au vertige de l’inspiration pour écrire un poème et une vision simpliste de la poésie comme expression des sentiments personnels.

« Je n’imitais plus personne, je m’exprimais pour moi-même, ce n’était pas un art, c’était un soulagement de mon propre cœur, qui se berçait de ses propres sanglots. Je ne pensais à personne en écrivant ces vers si ce n’est à une ombre et à Dieu ».(Lamartine, Préface des Méditations esthétiques).

Or, il faut savoir que cette vision de la poésie a été construite en opposition par rapport à la tradition aristotélicienne de mimesis qui consiste à représenter le réel par le biais de symboles, rendre visible, l’invisible. De plus, le lyrisme romantique est également à la recherche d’un idéal, une élévation et ne se cantonne aucunement à l’expression d’un « moi ». Il s’agit donc d’une simplification à l’extrême que de considérer la poésie comme un déversoir du cœur (c’est ce qu’exprime Lamartine si et seulement si il est totalement coupé de son contexte littéraire et historique).

Quoi qu’il en soit, même si l’auteur exprime ses propres sentiments, cela ne dispense pas de chercher la forme propre à rendre aux mieux ses sentiments et d’inventer un langage « assez souple et assez heurté pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience » (Lettre à Arsène Houssaye - Baudelaire).

Ainsi, le « je » du poète peut être en adéquation totale avec le « je » du poème.

Néanmoins, le « Je » poétique n’est pas forcément lyrique. Et le « Je » lyrique n’est pas forcément autobiographique. Par exemple, on trouve chez Ronsard, de faux détails (effets autobiographiques) pour accentuer le chant des sentiments amoureux. Alors qui est « je » lorsqu’il n’est pas autobiographique ?

 

                   2-     Je fragmenté

« Je est un autre ». Dans la « lettre du voyant », du 15 mai 1871, Rimbaud prend ses distances avec la conception romantique de la poésie. La vision dépasse le sujet, le poème ne peut plus être égocentré : il y a alors une transfiguration du « je » qui s’ouvre à l’autre. C’est précisément, là où mènent les textes de René Char empreints de l’autre, du « tu ». Ses poèmes expriment le lien entre « je » et « tu » : une inflation du destinataire au prix même de la disparition du sujet.

Le sujet poétique est alors en perpétuelle mutation, il se retrouve dans les multiples figures de l’Autre. « El desdichado » de Gérard de Nerval (Les Chimères), montre bien la fragmentation du « je » poétique et sa nécessaire virtualisation.

Dès les premiers vers « Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé, le prince d’Aquitaine à la tour abolie. », Nerval affirme 4 identités. 4 identités qui se retournent en interrogation au premier tercet : « suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Biron ? » et en alternative (« ou »). D’ailleurs, ce morcellement de l’identité mènera Nerval à la folie. La célèbre sentence « Je suis l’autre » laissée derrière son portrait est à elle seule une source abyssale de questionnement sur l’identité du « je». Le « je » du poème serait-il un jeu thérapeutique permettant d’unifier son être, d’accorder les entités psychologiques qui nous composent ou de se fondre dans l’humanité pour être un je comme un autre ?

3-     Je universel
Extrait d’un entretien d’Antoine Emaz
« Dans les poèmes, c'est vrai, je n'emploie pas le 'je', et préfère le 'on'. Est-ce pour marquer que le poème n'est pas un miroir ou une mise en valeur du 'moi' ? Le 'on' revient à mettre à distance le personnel, sans toutefois l'effacer complètement : cet écart me permet sans doute de travailler. Ajoutons que je n'ai pas l'impression d'être seul dans le poème : une bonne part de mon travail vise le collectif ou le banal. Je ne me crois pas doué d'une sensibilité extraordinaire : le 'on' permet de construire une sorte de lieu commun. »

http://www.ville-boulogne-sur-mer.fr/prix_decouvreurs/pages/documents_archives/selection-2003/antoine_emaz/antoine_emaz_entretien.html

Préserver un potentiel d’universalité au « je » semble nécessaire pour tisser un écho avec le lecteur. Cela peut passer par le « tu », l’injonctif, le « on », les tournures gnomiques. Mais le « je » tel quel peut très bien servir à aller au-delà de soi-même vers celui qui demeure notre alter ego. Car le « tu » est aussi un « je » et nous sommes dans une « forêt de voix » (Broch), celle dont il faut s’extirper pour devenir voix poétique.

Pour finir, voici une citation de Victor Hugo (Les Contemplations) :

 « Une destinée est écrite là jour à jour.

Est-ce donc la vie d'un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi!»

Pour aller plus loin lire
  • Aspects du lyrisme du XVIe au XIXe siècle  - Ronsard Rousseau Nerval : actes du colloque les 5 et 6 décembre 1997 de Marie-Hélène Cotoni  Josiane Rieu  Jean-Marie Seillan, 1998. Publication Faculte Nice Lettres-Sciences Humaines.
  • Madame de Staël, De l’Allemagne, chapitre 10.
  • Gustavo GUERRERO, Poétique et poésie lyrique, Essai sur la formation d'un genre, trad. de l’espagnol [Teorías de la Lírica, 1998] par A.-J. Stéphan et l’auteur, Paris, Le Seuil, coll. " Poétique ", 2000.
  • Emile Benvéniste, « La nature des pronoms », Problèmes de linguistique générale, 1 : pages 251-257, 1966 et aussi « La structure des relations de personne dans le verbe », Problèmes de linguistique pages 225-236.

  • Des articles sur le lyrisme très bien documentés et d’une approche aisée

http://www.fabula.org/atelier.php?Lyrisme

  • Sur la « multitude de voix » chez Hugo

http://groupugo.div.jussieu.fr/Groupugo/95-01-21Wurtz.htm

 

 

 

 

Par andre-guidici - Publié dans : réflexion
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Dimanche 8 mai 2005

 

Elle

Entend le silence

Silence des plis :

Rires d’enfants,

Terne dépit.

Enlacement,

Pleurs d’infamie,

 

« Peut-on à présent changer l’Ecriture,

Recouvrir de blanc les traces d’hier,

Oublier le temps qui coule au milieu

Au milieu des vies ? »

 

Elle

Rêverait la paix

Paix des rides belles !

Papillons fériés,

Chômées hirondelles !

 

« Il ne vous reste plus que 5 novembres et 17 heures »

 

Elle

Tente l’amnistie

L’amnistie du vide :

Factice oubli.

 

« Les sillons de vie sont irréversibles. »

 

Sous la peau, le derme,

Sous lui est l’esprit :

 A fleur de cuir

Même terni.

Par andre-guidici - Publié dans : poésie
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Samedi 7 mai 2005

Par andre-guidici - Publié dans : poésie
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Vendredi 6 mai 2005

Si je suis

Hors de moi,

J’existe.

L’extérieur me nourrit de l’écorce au noyau

Et la périphérie mûrit sous les regards

Des autres.

 

La propension aux basses

Pressions

Me plie et me retourne.

Coriolis esseulé, je tourbillonne court.

 

L’égocentre est un œil qui s’ouvre sur lui-même

Et grossit.

 

Les énergies se plient sous le fléau d’un vent

Il souffle de l’orbite où tourne une fillette

Ella attend dans le calme

D’un typhon cérébral

Un signal en spirale

Une tige spinale

S’entortille

A faire mal.

 

Solitude cyclonique.

 

Par andre-guidici - Publié dans : poésie
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