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Vendredi 23 février 2007

Il est communément admis qu’à l’heure actuelle les auteurs ne savent plus écrire, qu’ils ne connaissent plus les règles classiques. Ce sont des phrases que l’on entend ici ou là et qui reviennent à chaque époque, comme « c’était mieux avant » ou « les jeunes de maintenant… ». Cependant, ne pas écrire selon une forme classique est-ce un pis-aller poétique par ignorance ou un stade ultérieur de la poésie ?

 

 

 

 

En ce qui concerne la culture poétique, je pars du principe qu’elle est tout à fait nécessaire et je ne vois pas pourquoi tous les autres arts mériteraient un apprentissage des formes anciennes pour découvrir du nouveau, de l’inconnu et aller de l’avant (comme en musique par exemple) et pas la poésie ! La poésie est depuis ses origines liée à la musique étant donné qu’il s’agissait à la base de poésie lyrique (c’est-à-dire accompagnée de la lyre). Son évolution depuis l’invention de l’imprimerie est tout à fait remarquable puisqu’elle s’est ainsi libérée de l’effort de la mémorisation et donc de la rime. Il a donc fallu qu’elle retrouve une place, la chanson l’ayant en effet supplantée dans sa fonction originelle. A présent, l’arrivée du net change de nouveau le visage de la poésie. Saura t’elle profiter de ce tournant culturel pour s’épanouir à nouveau ?

 

 

 

 

Savoir écrire un sonnet (ou une autre forme classique) n’est donc en aucun cas un obstacle dans l’apprentissage de l’art, bien au contraire. S’en tenir là en revanche me semble tout à fait regrettable si l’on a une visée artistique, à savoir repousser les frontières du connu, explorer sans cesse, remettre en question, chercher l’adéquation avec le monde, travailler aux forges du langage. S’en tenir à une forme préétablie, reproduire à l’infini les mêmes formes, voici davantage de l’artisanat que de l’art (qui implique de la recherche).

 

 

 

 

Le vers libre n’est pas synonyme d’absence de travail ou de méconnaissance. La plupart des poètes utilisant les vers libres, savent pour autant parfaitement leur rhétorique classique, de même que Picasso savait peindre dans le plus pur réalisme. Il faut connaître la structure pour pouvoir déstructurer ! Il ne faut pas confondre la rhétorique classique avec le travail : un poème en vers libre est « travaillé », ciselé même puisque son existence en tant que poème doit passer par autre chose que par la forme fixe. Ainsi le poète insuffle à son texte un rythme interne qui lui est propre et qui, par là même est peut-être plus proche du chef-d’œuvre puisque la perfection de forme ne saurait être donnée par un moule préétabli. La simplicité du vers libre n’est qu’apparence de simplicité puisque sa création implique un processus complexe, l’intériorisation par le poète de ce qui est « poésie » et sa capacité à aller au-delà du manuel de prosodie.

 

 

 

 

En conclusion, si j’ai plaisir à lire des sonnets (entre autres formes classiques) d’antan (car je les replace dans leur contexte historique et littéraire) en revanche les sonnets contemporains me font souvent autant d’effet qu’un beau coussin brodé (c’est joli si c’est bien travaillé et on peut s’endormir dessus).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait du fil de dialogue avec Michel Dachy, que je remercie.


 

Par andre-guidici - Publié dans : réflexion
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Jeudi 22 février 2007
Par andre-guidici - Publié dans : ultra-vision
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Mercredi 21 février 2007

L’impression d’un lieu

 

D’un ciel

 

D’un mieux

 

 

S’annexe aux voix

 

 

Poésie

 

 

Auxiliaire

 

 

De vie

 

 

Mon existence est plâtrée sur elle-même

 

Sous papier sulfureux

 

Il sépare si bien 

 

 

Je ne te toucherai qu’aux travers de ce filtre

 


Par andre-guidici - Publié dans : poésie
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Mardi 20 février 2007

Rendez-vous de Christine Angot aux éditions Flammarion

 

 

 

 

Eh oui, il est encore possible en 2007 de ne jamais avoir entendu parler de Christine Angot. Me voici donc sur le voilier (une véritable arche de lecture). Nous avons jeté l’ancre, le soleil se couche, chacun sort un livre ou un magazine… Les vacances, la détente… Et voici que mon amie I. soulève un gros pavé à la couverture peu avenante, au volume impressionnant. Elle-même le regarde d’un air circonspect. C’est un cadeau de Noël d’une personne très chère, elle se sent obligée d’autant plus que la dédicace indique qu’il est « vraiment digne d’intérêt ».

 

 

A peine trois jours plus tard, le livre est terminé, prêt à passer dans d’autres mains (les miennes en l’occurrence). Cet engouement m’étonne, je suis convaincue, par heuristique, que je dois aussi le lire. N’ai-je pas mieux à faire ? La température frôle les 30°, l’eau est limpide, le sable blanc. Baignade, sieste, lecture ? Baignade… Sieste ? Lecture !

 

 

C’est parti. Avec de très nombreux a priori, tous négatifs. Tout d’abord, la couverture : une photo typique, l’écrivain la main au front (« je suis cérébrale »), la part d’ombre (« je suis double »), le sourire (« je suis belle »), le jean (« je ne suis pas si vieille), les rides (« j’assume mon âge »). Typique. Je suis déjà agacée. Le décor : vue d’un appartement parisien sur… des appartements parisiens… Des parisiens qui jacassent sur ce qu’ils font à Paris, du style, j’ai pris le taxi, je suis allée dans le Xème, j’ai bu un café dans le XXème… Allez, je ne me décourage pas, si I. a aimé, il y a forcément une raison. I. m’a dit qu’elle parlait de son métier d’écrivain. L’auteur qui écrit le livre en train de se faire. Le livre est le sujet du livre. De pire en pire. Je crains la lecture cauchemardesque comme dans « Trois jours chez ma mère », l’arnaque totale. Je lis la quatrième : mouais, ça va. Des répétitions, les paroles rapportées sans ponctuation… Ca sent un peu le Claude Simon, tout ça, non ? Le titre Rendez-vous n’est pas très accrocheur ni original, il suggère une histoire d’amour, ou c’est peut-être un jeu de mots lancé au lecteur. Bon je me rends, j’ouvre, je commence.

 

 

Les premières pages passent toutes seules, bof, bof, scène de sexe, ce n’est pas pénible à lire mais cela me semble un peu sans grand intérêt. Intérieurement, je me dis que cela sert à accrocher le lecteur. Hop tête de gondole, hop les trois premières pages, hop je l’achète, il y a du cul, du sexe, de la bite, du clitoris (ben oui, tiens moi aussi je fais pareil que Christine Angot, tiens, je vais doper mes visites avec de bons mots-clé). Et puis, il y a la page 18, comme un boulet de canon. Je ne m’y attendais pas (et oui, je sais, je suis certainement la seule à ne pas connaître déjà son histoire). Comme un accroc, la révélation change les données du livre, ce n’est plus seulement du sexe, ce n’est pas racoleur, c’est une prise directe dans une conscience. Il y a un sentiment d’absurdité, de non-sens (je pense au film, Dans la tête de John Malkovitch), d’éboulement.

 

 

Je continue. L’analyse personnelle m’épuise parfois un peu mais je continue. Je lis une autobiographie. Et c’est précisément cette donnée qui retentit au fond de ma lecture, qui me donne un sentiment de gêne. Il y a quelque chose qui cloche, dans l’écriture, dans le style même. On dirait que la personne qui écrit ne le fait pas de l’instant présent mais du passé. Le plus-que-parfait est utilisé à outrance, l’imparfait installe dans un continuum. C’est une écriture dense, sans respiration, exilée dans un espace-temps. Je commence à accrocher, je me laisse porter par le rythme, qui vient d’ici et maintenant mais qui ressemble tant à un écho d’antan.

 

 

Le rythme, oui les répétions, cela crée un style et une musicalité propre à l’auteur, c’est un peu obsédant. J’ai refermé le livre pourtant les phrases tournent encore dans ma tête. C’est une écriture lancinante ; j’en viens presque à penser Angot : le voilier voguait, je refermais le livre, les patates cuisaient. Ouh là, il est dangereux, ce livre, il détache du monde, il transporte, c’est clair. Sa prosodie installe dans une certaine monotonie, des jours qui se succèdent comme les années (la rétrospection est émouvante et fait sentir la langueur de l’existence). J’ai la sensation d’être prisonnière dans la toile d’une conscience.

 

 

Je reprends. Que c’est bien mené ! Alors que j’étais dans le moelleux temporel, dans la mise à distance grâce au passé, me voici soudain dans l’instant, dans le cru. La monotonie du corps, le rythme régulier est changé, le cœur s’affole : page 82, un court passage au présent, une impression d’affolement, d’oubli, plus rien n’est maîtrisé. Evidemment, c’est la véritable rencontre, les moments bénis « juste avant ». Le rythme habituel reprend ensuite, inépuisable. Si brève incursion dans la vie, sans filtre, sans rien !

 

 

Je poursuis, les pages défilent. Les répétitions s’accentuent encore, le personnage semble se murer dans l’impossibilité de communiquer. La conversation page 234 est tout à fait exceptionnelle dans ce ressenti très juste de l’intermittence de la relation amoureuse rendue au travers d’une conversation qui pourrait paraître banale. Lorsque le couple est en phase, la communication s’établit avant de se couper à nouveau, dans un rythme saccadé, relancé sans cesse par elle. Symboliquement, ce passage est assez fort : l’homme est en mouvement, dans un train, elle l’attend, immobile, la communication est extrêmement difficile (« le téléphone se coupait » est répété de nombreuses fois). Et lorsqu’ils se rencontrent enfin, il ne la voit pas. Son regard est qualifié d’opaque. Leurs conversations, ces mots dits et redits me font penser à Ionesco : « Les gens sont devenus des murs les uns pour les autres. » La théâtralité de l’existence est d’ailleurs évoquée au début de la liaison quand Eric explique qu’Untel aurait pu être à sa place, aurait pu jouer son rôle, comme dans La cantatrice chauve aux personnages interchangeables.

 

 

Je m’arrête un peu de lire. Je trouve l’univers oppressant, j’ai besoin d’une pause. Cette façon de détailler aussi les moindres soubresauts du corps donne une véritable vie à l’écriture, le livre semble palpiter, c’est un corps douloureux. Je le malmène un peu, je corne les pages, je ne devrais pas car ce n’est pas à moi, ni le livre, ni cette histoire exposée, ni cette vie là-dedans…

 

 

Je me demande si ma réaction est normale, je cherche l’avis d’autres lecteurs sur Internet et là, je découvre un nombre invraisemblable de cris, de crises même sur le cas « Angot ». On déteste ou on adore, dit l’un, c’est nul dit l’autre, c’est génial, j’en ai assez d’en entendre parler, ça marche parce qu’il y a de la pub… Et bien du fin fond du pacifique sud, coupée de toutes les idioties télévisuelles, sans savoir à quel point Madame était encensée ou décriée, sans connaître même son nom, j’ai aimé ce livre. Je l’ai trouvé percutant, vrai. Il faut reconnaître que si l’on s’arrête à l’apparente banalité des discussions, de la situation, des problèmes médicaux, il y a presque de quoi tartiner le livre de merde et l’envoyer à l’auteur (page 11). Je dis bien presque car ce ne serait alors qu’une cartographie détaillée d’un être (pas de quoi tartiner de merde tout de même !).

 

 

Ce serait surtout passer à côté de cette fièvre d’écrire qui bat aux tempes, qui rattrape le temps, qui tente de l’enfermer dans le livre et qui parvient justement à sourdre dans la succession des instants, la répétition incessante. Nous avons parfois tendance à oublier que la suite de chaque moment, les bruits de nos corps, ce que nous appelons notre routine, c’est cela la vie, c’est au fond de chacune de ces minutes.

 

 

La question du temps qui passe est omniprésente dans le livre. Le temps social : heures, minutes, dates… Les chiffres sont ressassés, comme s’ils pouvaient mettre un ordre dans la confusion, découper le continuum. Le temps de la conscience s’étire aussi parfois indéfiniment pour Christine ou se condense, comme lorsqu’elle est avec Eric. Mais ce dernier égraine les instants passés avec elle (il n’a « qu’une demi-heure »). Comme lors d’une représentation, le spectacle a une durée précise : trois mois qui semblent douze années entières pour Eric. L’extension de la narration, le fait de raconter, de se raconter, et même de se jouer, a multiplié ce temps d’existence. Douze ans, comme le temps de l’histoire entre Eric et sa femme. De nouveau, on retrouve pour Eric la confusion des rôles : « il confondait ». « Confondre » est un verbe qui revient à plusieurs reprises, c’est le mot qui paraît le plus insoutenable, la supplique « Ne me confonds pas » (page 229) le montre bien. « Confondre » comme avoir du mal à différencier deux personnes est le sens premier, mais je ne peux m’empêcher de penser à « confondre », dans le sens identifier, trouver ce qui a été dissimulé, voir au-delà du rôle, peut-être mettre reconnaître l’imposture : ce n’était pas de l’amour. Le furtif instant de présent n’apparaît plus alors qu’en rêve (page 239) montrant ainsi l’illusion. Le futur se montre aussi lors de la projection mentale de Christine (« Je l’embrasserai » page 338).

 

 

L’illusion amoureuse, ou plutôt sa non réciprocité est montrée magistralement lors de la conversation avec Pierre (page 321). Les rôles sont inversés. Pierre joue Christine, qui joue Eric : les mêmes mots, les mêmes techniques, le même rapport au temps (« dans vingt minutes je dois partir au théâtre »), les mêmes demandes (« Tu m’appelles quand tu rentres ? »). Mais l’effet miroir (« je l’aime donc  il/elle aussi ») persiste.

 

 

J’observe la fugacité du présent. La volonté de le capturer en y participant semble vouée à l’échec. La citation liminaire de Rimbaud, « Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours. » peut influencer la lecture. Est-ce le récit d’une vie entière (pleinement vécue) tous les jours (à chaque instant de présent) ? Il m’apparaît plutôt qu’il s’agit d’un don malgré soi (ce que nous savons faire, nous le faisons) d’une vie entière (passé et futur) tous les jours (c’est-à-dire dans la répétition des jours). Tragiquement, alors que l’auteur cherche l’instantané, en rapprochant de façon quasi-parfaite le vécu à l’écriture, elle reste ancrée dans le souvenir ou dans le futur (« La vie restait suspendue à plus tard » page 265). Pour moi, c’est justement cette faille, ce contraste entre l’intention (toucher le présent, le réel) et le résultat (une course effrénée après le temps) qui donne toute sa grandeur à l’œuvre, toute sa nécessité. C’est une quête.

 

 

La dernière phrase est une remise en cause totale mais en même temps une prise de conscience, un choc bien réel, bien dans le présent. Ce dernier mot « faux » m’évoque à la fois le contraire de vrai bien sûr, le sentiment d’illusion mais aussi « faussé », quelque chose qui était vrillé dès le départ et la « faulx ». Le sentiment de mort serait-il le seul possible ? « S’il avait bien compris, j’écrivais tout ça, mais je préférerais le vivre ».

 

 

Je ferme le livre, je me dis qu’il s’agit presque d’une leçon de non-vie. Je finis d’écrire, je finis de lire, je vais me baigner, je ne veux pas rester enfermée dans ces mots. Je ne veux plus lire, je ne veux plus écrire mais je sais moi aussi que tout ça est faux.

 

 

Par andre-guidici - Publié dans : la lectrice
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Samedi 17 février 2007

*

Donne un temps à ma douleur.

 

 

Elle a la couleur des sternes

 

 

Et l’horizon discipliné des oiseaux de mer.

 

 

 

 

La peine s’épanouit,

 

 

Danse dans l’huile de mes nuits.

 

 

Elle est le tronc, la branche, le fruit,

 

 

La feuille qui s’envole,

 

 

 

 

L’évidence incertaine.

*

 

 

Par andre-guidici - Publié dans : poésie
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