Un jour nous naissons
Puis nous devenons
Des livres d’histoires
Des livres d’Histoire
Bientôt nous serons
Des autodafés.
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Un jour nous naissons
Puis nous devenons
Des livres d’histoires
Des livres d’Histoire
Bientôt nous serons
Des autodafés.
Bien sûr, je m'étais toujours dit que mes idées concernant l'art pour tous, la création et l'imagination devaient avoir été mieux pensées et mieux dites avant moi : c'est un fait avéré depuis ma lecture de Grammaire de l'imagination. Imaginez un livre à la fois roman et atelier d'écriture, à la fois humoristique et pédagogique, une mine multidimensionnelle de créativité.
Imaginez, c'est le mot d'ordre puisque la science exacte étudiée dans ce livre est "l'imaginatique".
Imaginez et faites imaginer autour de vous, "non pas pour que tout le monde devienne artiste, mais pour que personne ne reste esclave".
« Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d'argent pour créer des filières dans l'informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes. »
Malheureusement depuis 1996, la plupart des titres de cet auteur sont introuvables faute d'éditeur ! Pourtant cet italien, instituteur pionnier de la pédagogie Freinet, conteur, écrivain, poète, récompensé notamment par le prix Andersen est éminemment connu (à raison) dans son pays (nombre d'écoles portent son nom !).
Seulement... faut-il croire que l'imagination n'intéresse plus ? Que les auteurs italiens ne sont pas à la mode ? Qu'une volonté politique freine la diffusion de telles idées ?
Gianni Rodari estime qu'aucune avancée de la science n'a pu se faire sans une bonne dose d'imagination : " il faut une puissante imagination pour être un grand savant, pour concevoir des choses qui n'existent pas encore, pour concevoir un monde meilleur que celui où nous vivons et travailler à le construire."
Pourtant à l'heure actuelle des hommes politiques pensent l'art et la littérature en termes de rendement et d'utilité et en posant la fameuse question : à quoi cela sert-il ? "L'idéologie productiviste rejoint malheureusement l'utilitarisme du sens commun, trés répandu parmi les classes qui font les frais de cette idéologie."
C'est pourquoi pour aller plus loin dans l'économie des moyens et pour approfondir la petite politique, je propose quelques mesures. Le but étant de réduire au minimum tout ce qui est INUTILE, tout ce qui nuit au rendement, à la consommation et tout ce qui pourrait éventuellement montrer qu'un autre monde est possible.
La cellule aérospatiale anti-phénomènes-atmosphériques-à-haut-risque-poétique crée actuellement un miroir réfléchissant de 2000 km2. Cette prouesse de la technologie française qui, sera placée dans la stratosphère dès 2012, devrait réduire de 99% le nombre d'arcs-en-ciel visibles de la Terre. Ainsi, à terme, seul le miroir réfléchira. Ce même groupe de travail constitué de mille chercheurs met également au point un procédé visant à annihiler brumes et brouillards tout en camouflant la lune. La rosée matinale demeure un problème qui pourra être diminué de manière structurelle (l'activité humaine devra commencer obligatoirement avant l'aube).
Préalablement, le laboratoire des statistiques de la lutte contre la pensée non productive de biens industriels, composé pour le moment de 678 économistes (l'état recrute http://www.etatutile.gouv.fr/879877.php), a calculé que le nombre d'étudiants se dirigeant vers les filières artistiques ou littéraires devrait baisser de 31 à 78 % (selon les sondages). De nouvelles matrices de probabilité générées par l'équipe de mathématiques appliquées devraient affiner les résultats d'ici 2024 afin de limiter au maximum la production de livres inutiles.
Le groupe infologie-biomatique (1er groupe français industriel, fleuron du savoir-faire national) a, quant à lui, composé une base de données rattachée à un environnement virtuel : dès sa naissance, l'enfant aura un double virtuel qui évoluera dans un espace déterminé (selon sa classe sociale et son origine ethnique). D'après les modèles conçus par les quelques 1933 scientifiques et informaticiens travaillant à ce projet, le double virtuel de l'enfant permettra d'évaluer les probabilités de l'individu à devenir un élément utile à la société. Des examens prénataux pourraient d'ailleurs prévenir l'avènement d'éléments inutiles.
Monsieur Sarkozy, vous êtes vous déjà demandé pourquoi l'étude des Lettres s'appelait aussi « Les Humanités » ?
Mais laissons les derniers mots à Gianni Rodari : « Un bon producteur-exécutant, un consommateur docilement soumis aux conseils de la publicité ne doit pas avoir d'imagination : il doit seulement être disposé pour tous les conditionnements. »
Grammaire de l'imagination
Auteur Gianni Rodari
Editeur Rue Du Monde Eds
Date de parution 01/1998
Collection Contre-allée
Nombre de pages 224 pages
Format 14 cm x 21 cm
Illustration Illustrations couleur
ISBN 2912084040
*
Mon corps est l’école des leçons qui ne s’oublient pas.
*
Il ne s’agirait pas de se mettre à penser
Radars automatiques
Bornes automatiques
Vies automatiques
Il ne s’agirait pas d’être de nouveau humain
Le tsunami est une onde qui se propage
Il prend de l’ampleur même si au large il a l’air inoffensif
Il fait peur
Il ne s’agirait pas de ne pas vivre dans une angoisse permanente
Tremblez, tremblez aux vents, aux pluies, aux poulets des basses-cours
Tremblez si l’inconnu a un chapeau, tremblez si l’inconnu a une casquette
Tremblez à l’inconnu
Tremblez à l’étranger, dans les bus, les avions, tremblez
Pour tout dire il ne s’agirait pas de vivre
Le tsunami emporte tout sur son passage
Il ne s’agirait pas de ne compter que sur sa conscience
Des hommes et des femmes,
Des écrans et des messages vous rappellent
De ne pas aller trop vite
De ne pas aller trop lentement
De ne pas fumer
De ne pas boire
De ne pas manger
De ne pas se laisser mourir de faim
De ne pas tout dépenser
De ne pas économiser
De ne pas tout remettre en cause
De ne pas encourager au suicide collectif
Ensemble, pour une bonne remise en norme
Pour un tsunami qui vous veut du bien
Le jeune homme est en soutane. Ma prof d’éducation civique semble surprise : elle ne s’attendait pas à ce que l’accusé soit un prêtre, si beau. Elle nous a prévenus. Le tribunal ne travaille pas « à la carte ». Expression que seule une prof peut comprendre certainement, cela doit être lié à un jeu, cela signifie en tout cas qu’on ne choisit pas les affaires qu’on voit. C’est le poker. Mes parents, ils sont fous de ça. Ils y jouent, ils ne recavent pas qu’ils disent alors ce n’est pas vraiment un jeu d’argent. Et puis c’est stratégique. Le champion du monde, c’est Patrick Bruel, avant c’était un chanteur. Mais encore avant, je ne sais pas.
Madame Gretin dit qu’il faut se concentrer, ça l’air de l’énerver que ça n’ait pas l’air de m’intéresser alors je me redresse, les sièges ne sont pas très confortables et puis j’ai honte de ma poitrine, mais je me redresse car j’aimerais bien que Madame Gretin m’aime bien. Elle soupire, elle est sèche. Tout son corps paraît s’être usé au contact inaltérable des jeunes gens. Ses dents jaunies ont l’air d’avoir trop vu le jour. Elle a bien trop souri. Souri pour rien. Alors maintenant elle ne sourit plus, elle est fatiguée.
Le prêtre parle, il explique. Je n’en peux plus d’être là. Prêtre ? C’est bizarre comme métier. D’ailleurs, on n’en a jamais parlé en cours de découverte des métiers. Remarque, d’après ce qu’il raconte il ne doit pas gagner grand-chose, c’est peut-être pour ça que Monsieur Hourneau ne nous en a jamais parlé. Ça ne gagne pas assez. Sur nos fiches métiers, on a tous mis qu’on voulait au minimum 1500 euros par mois, sinon ça ne vaut pas le coup. Et puis prêtre ce n’est pas un métier d’avenir. Mais ça Monsieur Hourneau, il dit que ça ne doit pas compter dans notre choix parce que sinon on ferait tous militaire, et ça, Monsieur Hourneau, il ne le veut pas.
« Pédophile ! » crie Jonas. Madame Gretin, en fureur, le sort de la salle. Il va sûrement se faire coller. A la télévision les prêtres sont toujours pédophiles, surtout lorsqu’ils se trouvent dans un tribunal. Les médecins couchent tous avec l’infirmière, les amis se fâchent mais se réconcilient, des femmes âgées parlent de sexe, d’autres femmes âgées se suicident, des personnes aux coiffures bizarres vivent des aventures extraordinaires, des jeunes gens ont des super-pouvoirs mais ne trouvent pas l’amour… J’aime bien regarder la télévision, d’ailleurs je suis sûre que j’aurais préféré voir ce procès à la télévision. Au moins, le prêtre aurait fait quelque choses de grave et pas simplement détourné les fonds d’une association caritative et puis sûrement Rodrigue m’aurait regardée, et j’aurais été sublime et nous nous serions retrouvés dehors. Et puis j’aurais vécu.
La porte grince, Madame Gretin s’assoit discrètement au fond, nous nous retournons tous, un homme demande à l’assistance de se tenir tranquille. Jonas n’est pas revenu. Le prêtre imperturbable explique que le placement était meilleur, qu’il voulait faire fructifier pour redonner ensuite, il parle de la bible. Livre sacré, il a enseigné de cultiver son bien. L’autre homme parle d’un autre livre sacré, le code. Je veux rentrer, je me fiche de ces histoires de livres. J’ai toujours détesté lire, lire, lire encore : des lignes, des mots, des phrases, des signes infiniment qui s’alignent. Rien qu’à penser à ceux qui ont écrit ses livres qui ont passé leur vie, leur vie, à noircir des pages de mots, de signes, j’ai la nausée.
Tout à coup, un remue-ménage terrible là, dehors, des cris… Nous nous précipitons tous hors de la salle d’audience, même le prêtre nous a suivis dans le hall, curieux. Nous sommes curieusement excités, le cœur qui bat follement, malgré l’appel au calme, malgré les conseils de Madame Gretin.
Le forcené est maintenant maîtrisé. Jonas est par terre le crâne en sang. Les policiers ont un air coupable, le prêtre se penche sur Jonas, on dirait une affiche Benetton. J’ai mon portable. Madame Gretin va avoir des ennuis, elle a avalé ses lèvres dans sa bouche, elle n’a plus de bouche, elle est pâle. Elle me regarde, je lui souris, je compatis, ses yeux s’attachent à moi. Rodrigue a l’air retourné, il cherche quelqu’un pour s’amarrer, je lui tends la main. Les policiers s’inquiètent, les journalistes, les problèmes, vite le syndicat, la télévision, les difficultés, les mises à pied.
Et puis Jonas est mort.
Et puis j’ai bien vécu.
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||